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René TROCHET
26 décembre 2013
« Les étrangers » de Sandor Maraï

« Les étrangers » de Sandor Maraï

Un roman ? On le dit. C’est d’ailleurs écrit sur la couverture. Une histoire ? Pas sûr ! Mais la description d’un état d’âme, oui, certainement. Dans les années vingt, un jeune hongrois muni de diplômes arrive à Paris et s’y installe grâce à une bourse américaine.

Il dépense en comptant avec l’insouciance calculée et minutieuse d’un étudiant slave, dit Sandor Maraï.

On sort avec lui dans le Paris de ces années-là. Des portraits se dessinent au gré des rencontres.

La petite inconnue qui pleure à Saint Sulpice et a du mal à retrouver ses bas dans le lit après l’amour ; l’ingénieur qui se veut

citoyen du monde mais lâche par inadvertance « ce n’est pas la même chose chez eux, là bas ». Un monde cosmopolite se démène au Dôme.

Le jeune homme s’en sort bien, semble-t-il mais moi je commence à m’interroger sur ce qu’est un « étranger ». Moi-même, j’avance dans ma lecture et je me sens de plus en plus étranger dans « mon » pays , dans « ma » ville .

Roman psychologique qui montre que chacun reste un étranger même pour soi au milieu de tant d’autres, si semblables et si différents à la fois. On est seulement quelqu’un parmi les autres. D’ailleurs notre héros ne porte pas de nom, pas de prénom ; Il est hongrois comme Sandor Marai justement.

Et puis il peut arriver le miracle, la rencontre, la fusion. Des vacances idylliques près d’Eva, la petite bretonne.. Eva qui lui fait découvrir la Bretagne.

Comme il sait conter, raconter, décrire !

De ses descriptions, je ne me lasse pas. Comment nous montre-t-il la mer à Morlaix ?

« Elle est d’un noir d’encre et quand elle s’écrase contre la jetée, on dirait un matériau solide, du verre épais qui se brise en minuscules éclats et dont les fragments de cristal retombent en se fracassant .(p. 321)

Comme il sait aussi décrire la solitude de l’étranger ainsi que ses joies mais aussi son désespoir subit quand, patatras !, d’un coup, on se fait traiter de « sale étranger » justement par sa petite amie du moment, si tendre, si proche … elle, elle.Eva ! Alors oui, on peut comprendre

que la mer à Morlaix il peut la trouver très noire. Alors, tous étrangers ? Tous exilés plutôt. Avec cet exil intérieur que chacun porte en soi. Malgré tout cet accueil, parfois vraiment chaleureux, bien réel « il sentait s’exercer envers lui une forme de politesse, à peine perceptible, cette bienveillance des grandes nations pour les enfants des petites nations ».

Le jeune homme a été et restera « un étranger » au milieu de tous les autres. Il aura en fin de compte vécu une expérience très enrichissante mais aussi désenchantée. A Paris, il découvre une xénophobie qui lui était étrangère à Budapest. Mais pas qu’avec cela, il nous quitte avec un

sentiment de nostalgie et de solidarité.

Un livre à déguster. Un livre qui m’interroge.

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