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René TROCHET
26 décembre 2013
A propos de "Ce pays qui aime les idées"

A propos de "Ce pays qui aime les idées"

Histoire d’une passion française » de Sudhir HAZAREESINGH (2015)

« Tout homme a deux pays, le sien et puis la France « Que cette affirmation serait admirable si elle avait été écrite par un étranger. Mais non, c’était un français, Henri de Bornier (1)

Le général de Gaulle (2) lui, avait affirmé « C’est beau, c’est grand, c’est généreux la France » Pourrait– on encore l’affirmer de nos jours ? Je n’entrerai pas dans ce « débat »qui reste un « soliloque » jusqu’à réception de vos interventions pertinentes comme toujours.

Ce qui me préoccupe aujourd’hui c’est un ouvrage de Sudhir HAZAREESINGH qui a entrepris de nous parler sur plus de 480 pages de « ce pays qui aime les idées ». Le nôtre !

Dans les premiers chapitres ,il décortique, avec le plus grand soin, la fascination que l’esprit français éprouve pour le rationalisme philosophique mais également pour le mysticisme. Chez nous, cela va de pair. Nous vouons un véritable culte au pouvoir de l’imagination. Cet utopisme français toujours vivant , issu de Jean Jacques Rousseau, crée une pensée sans cesse tiraillée entre la raison et le coeur, entre Descartes et Rousseau .

La Nation française repose sur des valeurs, certes. Mais il faut sans cesse en discuter, en débattre, les remettre en question car la spécificité de la pensée française c’est l’importance donnée à l’abstraction, à la raison.

La France se veut cartésienne et la raison est bien constitutive de la pensée humaine. Mais chez nous il y a une véritable obsession de la pensée binaire . On oppose toute thèse spontanément en deux. : le Bien et le Mal, progrès et décadence, blanc et noir, gauche et droite etc…Les apports de la Pensée des Lumières (Diderot, Voltaire, Rousseau…) viennent s’ancrer dans les Lois et les Institutions dans un esprit de centralisation, à la fois démarche intellectuelle et politique, une volonté d’englober et de restituer. Par exemple l’Encyclopédie (3) veut résumer tout le savoir humain et le mettre à la portée de tous.

Dans cet esprit, Jean d’Ormesson peut écrire en 2011 « Plus qu’aucune nation au monde, la France est hantée par une aspiration à l’universel ».

Tout le XVIII° siècle oscillera entre une conception mécaniste de l’univers (d’Alembert, Voltaire, Helvétius poursuivent la conception de Descartes et Newton) et une conception naturaliste (de Buffon, Diderot, Montesquieu, Rousseau) qui, néanmoins, toutes deux, se dirigent vers un objectif métaphysique commun : démontrer la convergence de l’univers avec les desseins d’un pouvoir supérieur.

Au début du XX° siècle, une certaine convergence devient apparente chez les élites comme dans de larges portions de la population sur l’image qu’on pouvait se faire de l’identité française :à la fois une nation qui sortait indemne des vicissitudes de l’histoire. Mais aussi une nation exemplaire dont la vocation serait de guider l’humanité. Rien que cela ! En 1906 le journal « Le Parisien » a demandé à ses lecteurs de désigner les Français qui avaient le plus contribué à la grandeur de la Nation au cours du siècle précédent . 15 millions de réponses. Mais oui ! Qui arrive dans le peloton de tête ? Louis Pasteur, puis Victor Hugo, Gambetta et Napoléon I°

Après la Libération en 1944, la synthèse de l’identité française est concentrée sur la figure de de Gaulle ainsi que, d’autre part, sur la théorie marxiste.

Notre auteur décortique les positions de quelques géants de la pensée française de cette époque : Claude Lévi - Strauss , Jean Paul Sartre, Michel Foucault, Jacques Derrida, Roland Barthes, Jean Monnet …

Aujourd’hui le déclin ?

Il reconnaît une « mauvaise passe » réelle, celle du « déclinisme » ambiant, représenté par quelques personnes qu’il ne porte pas toujours en grande estime et qu’il ne ménage pas.

Par exemple : - Alain Finkielrault, cet ancien maoïste qui a demandé à entrer à l’Académie française, qui a corrompu l’héritage rousseauiste et républicain de la pensée française (p. 374) dont « la cohérence ne semble plus être un priorité » (p. 373).

Michel Houellebecq dont toute l’œuvre donne dans le morbide

Eric Zemmour habitué des formules à l’emporte-pièce, de citations tronquées de leur contexte, de statistiques sujettes à caution . .Il décrit la population française d’origine musulmane comme « l’ennemi de l’intérieur » (p. 368)

Bernard Henri Levy « dandy frivole et star de Saint Germain des Prés (p 292). En 2010, il a même comparé la gauche française à un cadavre en putréfaction et avoue son admiration pour les travaux du philosophe nazi Carl Schmitt (p. 364)

et quelques autres encore …

Faut il désespérer ?

Selon notre auteur, ce pessimisme ambiant bien réel est quand même inhérent à la pensée française. Quand on a des ambitions extraordinaires, on craint toujours de ne pas être à la hauteur. Si les français sont aujourd’hui enclins à broyer du noir c’est qu’ils sont nostalgiques de leur grandeur passée et qu’ils refusent d’abdiquer.

De plus, la figure de l’intellectuel aujourd’hui connaît un peu partout un réel repli. Du XVIII° au XX° siècle les intellectuels étaient des maîtres spirituels. Ils avaient pris la place du clergé des siècles précédents. Aujourd’hui on est passé du lettré philosophique au technocrate. Les intellectuels ne s’investissent plus autant qu’autrefois dans le débat politique et on ne le leur demande pas.

Mais il ne faut pas désespérer, au contraire.Je vais , moi, stopper ici mon écrit pour donner la parole à l’auteur . Qu’on en juge !

« A l’aube d’un nouveau millénaire, malgré leur fragilité croissante, les Français « demeurent un peuple intellectuel, lyrique et pugnace, énergique et impatient , empli de « générosité, de fierté et d’un insatiable désir de perfectibilité. Mais ils sont également « déchirés entre de multiples contradictions : ils sont viscéralement attachés à l’idéal de la « démocratie mais vulnérables à la tentation du héros providentiel. » p. 391

Alors, « ce pays qui aime les idées » c’est encore la France ?

Si on regarde bien autour de nous ce qui se passe on assiste à un début de bouillonnement de la pensée. Mais pour une fois on ne part pas du haut mais du bas.

Un tout petit exemple qui ne peut que s’amplifier. Lisons attentivement les débats quotidiens et spontanés qui fleurissent sur internet . C’est ici désormais que semblent naître les idées.

Lire ce livre est un vrai régal.

Magnifique ouvrage d’érudition , facile à lire, très documenté, qui lutte efficacement contre notre sinistrose savamment entretenue, contre notre délectation morbide portée sur la repentance et l’auto flagelation.

Un mot sur l’auteur ; Sudhir Hazareesingh, né en 1961 à l’Ile Maurice, de nationalité britannique , est professeur à Oxford . Membre du jury du prix Guizot. Il est l’auteur de « La Légende de Napoléon » en 2006 et du « Mythe Gaullien « en 2010.

Sudhir HAZAREESINGH « Ce pays qui aime les idées Histoire d’une passion française »

472 pages Flammarion - Au fil de l’histoire Achevé d’imprimer en Juillet 2015

R. Trochet (Février 2016)

  • (1) Henri de Bornier (1825 -1901) Académicien Français citation extraite de sa pièce de théâtre : « la fille de Roland » (1875)
  • (2) Discours d’Alger le 4 Juin 1958
  • (3) l’ »Encyclopédie », ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers, de D. Diderot, J. d’Alembert éditée entre 1751 et 1772
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